22 kilomètres de barrage !

Un projet d’usine marémotrice d’une ampleur inédite au Pays de Galles

 

L’énergie marémotrice constitue une voie encore peu exploitée pour la production d’électricité verte. Cependant, plusieurs centrales à l’étude au Royaume-Uni pourraient changer la donne : l’entreprise galloise Tidal Lagoon Power a lancé six projets d’usines marémotrices sur les côtes britanniques.

Parmi elles, celle qui devrait s’implanter au large de Cardiff avec un barrage de 22 kilomètres de long s’affiche comme l’ébauche la plus ambitieuse en termes de valorisation d’énergie marémotrice à l’heure actuelle.

Ce barrage, d’une longueur inédite pour une centrale marémotrice, délimitera un lagon artificiel servant à retenir l’eau durant les marées, et permettant la production d’une énergie verte. Ce serait le premier exemple d’une lagune marémotrice d’une telle envergure.

 

Une grande avancée en matière d’énergie marémotrice

 

Il existe déjà dans le monde quelques exemples de barrages s’appuyant sur les marées pour produire de l’électricité. En France, on peut citer le barrage de la Rance, entre Dinard et Saint-Malo, inauguré en 1966. Mais les centrales marémotrices restent encore rares.

Les lieux d’implantation de ces centrales doivent réunir un certain nombre de conditions, comme la hauteur de marnage — c’est-à-dire l’écart entre la marée haute et la marée basse —, la profondeur de l’estuaire, ou encore la solidité des roches sur lesquelles sont construites les infrastructures, afin d’assurer leur résistance. Il est difficile de trouver des endroits validant l’ensemble de ces critères, ce qui explique que ce modèle ne soit pas plus largement diffusé.

La centrale de Cardiff pourrait contribuer à relancer les expérimentations sur l’énergie marémotrice. Faisant suite au chantier prévu pour 2018 de la baie de Swansea, située à une soixantaine de kilomètres à l’ouest, le nouveau projet de Cardiff est autrement ambitieux : ce dernier doit intégrer un barrage de 22 kilomètres de long, contre 10 kilomètres de long pour la centrale de la baie de Swansea. Il délimitera donc une lagune bien plus étendue.

Devant être équipée de 60 à 90 turbines hydroélectriques — contre 16 pour le barrage de la baie de Swansea —, cette centrale pourrait permettre une production annuelle d’environ 5 500 GWh. Ces turbines génèreront de l’électricité grâce à la différence de niveau de l’eau entre le lagon et la mer, liée à la montée et à la descente de la marée.

 

Un espoir pour la production d’énergie verte ?

 

Ce système permet donc la production d’une quantité considérable d’énergie verte. Les investisseurs voient un grand potentiel dans ce projet, qui s’insère dans une série de six barrages que l’entreprise Tidal Lagoon Power espère pouvoir développer sur les côtes du Royaume-Uni.

Cependant, de nombreuses voix se sont également élevées contre ce barrage. Ainsi, si ces lagunes artificielles permettent la production d’une énergie verte grâce au mouvement de l’eau généré par les marées, l’implantation de plus de 20 kilomètres de barrage au large des côtes britanniques inquiète les écologistes.

Ceux-ci y voient un obstacle à la migration des saumons et des truites, qui risqueraient de se faire broyer dans les pales des turbines. La Natural Resources Wales s’est ainsi élevée contre le barrage de la baie de Swansea, arguant du risque que cette construction ferait courir aux poissons en migration : d’après cette association écologiste, 21% des saumons et 25% des truites pourraient être tués chaque année par les turbines de la centrale marémotrice.

Ce projet de centrale marémotrice pose donc la question des conséquences que la construction d’un barrage d’une telle ampleur ferait peser sur son écosystème. Une question qui exige un arbitrage impossible entre préservation de l’environnement au niveau local, et préservation globale de la planète…

 

Faut-il prendre le risque de menacer un écosystème localisé si cela permet en contrepartie de produire une électricité verte, évitant ainsi l’émission d’une quantité considérable de CO2 dans l’atmosphère, et donc l’aggravation du dérèglement climatique ? La question reste ouverte.

 

Partages 0